vendredi 17 mai 2013

Mike Kelley, Art between France and Los Angeles and More Young Americans


 
 

 









Latifa Echakhch - A chaque stencil une revolution, 2008.
Mike Kelley, Ahh… Youth!,1991 Coll. MJS, Paris
Courtesy Metro Pictures, New York and Mike Kelley Foundation for the Arts – ©Estate of Mike Kelley. All rights reserved
Mike Kelley, Left : Blue Plaid Capp/ Brown Plaid Boy,1997 – Coll. Joel Ehrenkranz – Courtesy of Mike Kelley Foundation for the Arts – ©Estate of Mike Kelley. All rights reserved
Right : Mike Kelley – Eviscerated Corpse, 1989 – Coll. The Art Institute of Chicago, gift of the Lannan Foundation – Courtesy of Mike Kelley Foundation for the Arts
©Estate of Mike Kelley All rights reserved

Cyprien Gaillard - What it Does To Your City, 2012. Schinkel Pavillion, Courtesy of Sprüth Magers Berlin London. © Cyprien Gaillard.
Xavier Vielhan performance, août 2012  la Case Study n°21 de Pierre Koenig Crédits : XAVIER VEILHAN/ADAGP, PARIS, 2013; PHOTO JOSHUA WHITE/JWPICTURES.COM
 
Vincent Lamouroux  maquette projet juillet 2013 le Pacific Sunset Motel

Emily Lacy et Emily Joyce, Los Angeles chez vous par Mains d’Œuvres

Opening Lost (in L.A) : Aritsts Nathan Hylden and Heather Cook, curator Marc-Olivier Wahler, Ellen Wahler, and artist Luc Tuymans. Courtesy FLAX, France Los Angeles Exchange.

Un vent californien souffle sur Paris en ce moment et c'est très rafraîchissant. Le Centre Pompidou met à l'honneur le travail irrévérent et décapant de Mike Kelley, artiste protéiforme mort prématurément en 2012. Le focus sur la série la plus connue "Half a Man" qui met en scène des animaux en peluche rembourrés dans une stigmatisation des émotions liées à l'enfance est des plus redoutable. Formé à la célèbre école d'art de Los Angeles CalArts, son commentaire teinté de références savantes et populaires mixe objets-sculptures et bandes sonores. Marc-Olivier Wahler (ex Palais de Tokyo) un des grands artisans de cette ouverture sur cette scène me confie sa déception que cette rétrospective ait lieu espace 315 et non sur les grands plateaux de Pompidou. Il a notamment ouvert la manifestation Ceci n'est pas (Institut Français) avec l'exposition Lost (in L.A) au Barnsdall Art Park. Regroupant une trentaine d'expositions, rencontres, colloques, performances Ceci n'est pas se concentre sur les arts visuels uniquement dans la ville de Los Angeles avec jusqu'en avril 2013 Cyprien Gaillard au Hammer Museum suivi en 2014 de Pierre Huyghe au LACMA. La ville des Anges avec des lieux de résidence et des espaces alternatifs comme le LACE a toujours généré fantasmes et stéréotypes avec plusieurs scènes extrèmement prolixes dans les années 1945 à 1980 comme en témoignait l'exposition "Pacific Standard Time" du Getty. Les artistes angelenos ont dès lors produit différemment comme en réaction au clivage Est/Ouest High/low culture. Depuis 15 ans les galeries se sont beaucoup développées et Los Angeles est devenue l'une des grandes villes de l'art. Plusieurs galeristes français l'ont compris tels Praz/Delavallade, Frank Elbaz, Georges-Ph. Vallois et la foire Paris Photo a fait le choix de s'installer dans les studios Paramount. Les enjeux semblent donc de taille et Ceci n'est pas devrait bénéficier de cet effet locomotive. Isabelle Le Normand de Mains d'OEuvres  a la prestigieuse mission de représenter la jeune scène française dans trois lieux d'importance : Machine Project, ForYourArt (non for profit structures) et dans la galerie de Yann Perreau. Citons également le projet de Marie de Brugerolle "LA existencial" à LACE autour de la figure de Guy de Cointet, autre français exilé. Tandis que la jeune commissaire d'exposition Martha Kirszenbaum sera invitée en juin au Palais de Tokyo dans le cadre projet reliant Los Angeles et l'institution parisienne toujours très favorable à ce genre de passerelles. Elle est actuellement en résidence à la GuestHaus Residency, sur le mont Washington.
Mais pour ceux qui ne peuvent pas voyager Los Angeles arrive chez vous ! Grâce à Mains d’Œuvres du 13 au 27 mai avec 6 artistes qui débarquent chez des hôtes parisiens enthousiastes pour vous proposer massages collectifs, Progressive Dinners, centres d’art éphémères de méditation…
Rejoignez la jeune scène californienne :
Artistes :


Programme des réjouissances : ré-imagination de la maison à la fois comme un site de production et lieu d’échange public.

De plus Susanne van Hagen aidée de Marc-Olivier Wahler vous invitent à découvrir quelques pépites de l'East Coast (More Young Americans) à l'Hôtel de Miramion, quai de la Tournelle du 17 mai au 22 juin. Dans un cadre d'exception vous retrouverez quelques génies de ce glam hollywoodien dans une approche non stéréotypée. 

Infos pratiques :

Ceci n'est pas
ART BETWEEN FRANCE and LOS ANGELES
http://cnp-la.org

Los Angeles chez vous !
Une proposition d’Isabelle Le Normand & Mark Allen

www.mainsdoeuvres.org

More Young Americans
Curator Susanne van Hagen with the help of Marc-Olivier Wahler
L'Enclos des Bernardins Hôtel de Miramion 47, quai de la Tournelle 75005 Paris 
du 17/05 au 22/06/2013

Tuesd-Sat. 11am 7pm

jeudi 16 mai 2013

London's calling : Tate, Gagosian, Whitechapel, Barbican and... Bowie !



 

 













Lucy + Jorge Orta Cloud | Météoros St Pancras International

Roy Lichtenstein, Oh, Jeff…I Love You, Too…But… 1964. Tate. © Estate of Roy Lichtenstein/DACS 2012

Ellen Gallagher Deluxe 2004-5 (detail Wiglette) Tate © Ellen Gallagher

Barbican The Bride and the Bachelors : Duchamp with Cage, Cunningham, Rauschenberg and Johns. Merce Cunningham. Walkaround Time, 1968.

Gagosian gallery, Britannia Street

BC Reloaded, 2012. Bernadette Corporation with Benjamin Alexander Huseby. Courtesy the artists and Greene Naftali Gallery, New York; Cabinet, London; Galerie Meyer Kainer, Vienna; Galerie NEU, Berlin.

Solarised Portrait of Lee Miller, c.1929 by Man Ray The Penrose Collection © Man Ray Trust/ADAGP, Paris and DACS, London 2012, courtesy The Penrose Collection. Image courtesy the Lee Miller Archives

'Untitled', 2012. © Gert & Uwe Tobias/VG Bildkunst, Bonn 

Lactose tolerant Installation view of John Amleder's Global Tiki, 2000 © the Dairy Art Center


Que mes amies parisiennes se rassurent je n'ai pas disparu de la scène mais je cherche l'inspiration ailleurs..A Londres l'art s'affiche dès la gare de St Pancras avec le gigantesque nuage qui flotte sur la Terrasse signé Lucy Orta. La tête en l'air, je file découvrir à quelques pas la nouvelle galerie de Gagosian, toujours au plus près des connexions et collectionneurs (Britannia Street !), dans un ancien garage de briques rouges genre Dickens renové. Le résultat est comme toujours à la hauteur, avec une autre anglaise Rachel Whiteread l'une des artistes les plus brillantes de sa génération et ses liens avec l'héritage minimaliste. Au Barbican center un lieu au carrefour des genres et disciplines artistiques la confrontation Duchamp/Cage est a son climax. Des chorégraphes nous plongent dans l'atmosphère du Black Mountain College et chacun circule dans les espaces en s'appropriant les images et idées si fécondes entre les artistes sur une mise en scène de Philippe Parreno. The Bride and the Bachelors. Duchamp with Cage, Cunningham, Rauschenberg and Johns est une expérience incontournable en écho à l'oeuvre de Duchamp et son impact sur la génération des artistes américains des années 60. Un pur moment de grâce ! Ne pas manquer également dans le cadre de la saison "Dancing around Duchamp" Geoffrey Farmer que j'avais découvert à la Documenta qui image un nouveau labyrinthe de papiers et collages.
La Tate à son habitude créé l'évènement avec Roy Lichtenstein fidèle jusqu'au bout (trop ?) à son concept mais la surprise pour moi vient plutôt de l'artiste américaine Ellen Gallagher qui avec AxME mélange subtilement références raciales et abstraction. Ses cosmogonies basées sur le principe de la transformation sont époustouflantes. 
Dans le rayon des belles découvertes également le nouveau Dairy Art Center par Frank Cohen, surnommé le "Saatchi du nord" ancien dépôt de lait à Bloomsbury qui marque les esprits avec le suisse John Armleder dont les installations emplissent tout l'espace. Des collisions prometteuses. 
A quelques pas et pour ceux qui aiment faire le grand écart au British Museum se tient une exposition d'archéologie qui fait grand bruit autour de Pompéi et de ses vestiges très orientée vers le sexe qui a cette époque n'avait rien de lisse (dieu Pan s'accouplant avec une chèvre..). On est aux antipodes d'une vision asceptisée de l'Antiquité. Les files d'attente témoignent de l'engouement du public. Quoi de neuf ? l'Antique...
J'avais rendez-vous dans un autre haut lieu touristique la Tour de Londres où Laurence Dreyfus courtière émérite offrait quelques morceaux choisis dans la maison du Docteur de Karen Marr. Cette dernière nous explique qu'elle fait partie de la grande famille de cette institution et sa maison au coeur des mystères de l'histoire a ce charme surrané  rehaussé des choix de Laurence. Mes coups de coeur vont à Andreï Molodkin (British Petroleum), les passes partout de Claire Fontaine et La Régente de Céline Cléron qui sied bien dans un tel lieu. 
Je file ensuite à l'Est : Shoreditch pour découvrir au Londonewcastle Project Space le Catlin Art Prize 2013 et ses neuf finalistes issus des plus brillantes écoles d'art et la Whitechapel pour les frères jumeaux Tobias. Je devrais encore citer Paul Pfeiffer à la Thomas Dane Gallery,  Matias Faldbakken chez Simon Lee.. et pour clore ce tourbillon auquel nous sommes "accros" Calder à la Pace qui invite à la méditation avec des pièces historiques des années 1945-49. Last but not least David Bowie is Here au Victoria and Albert qui nous plonge dans l'atmosphère du Londres des années Punk avec le célèbre Ziggy Stardust. That's All Folks !


Pour optimiser votre sélection :

www.timeout.com/london/art

 

mercredi 15 mai 2013

Montrouge sous de bonnes étoiles









Tourette et Péroné, vidéo de Justine Pluvinage
Toiles à l’aérosol et installation de Charles Neubach 
L’Atlas déshydraté de Marta Caradec
Théo Mercier, le Grand Mess Nantes, le Lieu Unique  



Stéphane Corréard est décidément très inspiré ! La 58è édition du désormais incontournable Salon de Montrouge est placée sous haute tension. Théo Mercier invité d'honneur est un artiste qui depuis sa découverte lors de la 54è édition trace sa route avec succès. Pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, il bénéficie actuellement d'une vaste rétrospective au Lieu Unique à Nantes. Quant à la présidente du Jury elle est suisse cette année Brice Curiger, critique d'art et commissaire d'expo auprès du Kunsthaus de Zurich, elle a notamment dirigé la 54è Biennale de Venise en 2011. Autant dire que les lignes bougent comme on le remarque tout de suite avec l'identité visuelle confiée à Théo Mercier et la scénographie à Matali Crasset qui a imaginé un jardin à la française avec toutes ses complexités et paradoxes. Autre particularité le collège critique coordonné par Gaël Charbau, gage de rigueur et d'impartialité avec au total 2700 dossiers examinés cette année, soit une augmentation de 50% en deux ans. La moyenne d'âge des artistes est de 30 ans, même si le plus âgé Jean Pierre Nadau a 49 ans. Sur les 73 sélectionnés, 12 pays du monde sont représentés, il s'agit bien d'offrir une vision élargie de la scène émergente. L'international est également en toile de fond avec le partenariat noué avec le Ministère des Affaires étrangères (Institut français) qui propose et finance le voyage d'une douzaine de professionnels étrangers qu'ils soient critiques, commissaires ou responsables d'institutions. Parmi les outils offerts dans cette logique de rampe de lancement trois prix sont décernés : 
le Grand Prix du Salon (Justine Pluvinage)

le Prix Spécial du Conseil général des Hauts-de-Seine (Nøne Futbol Club)

et le Prix Spécial du Jury (Pierre Seinturier)

avec une exposition personnelle au Palais de Tokyo. Nouveauté également cette année : une aide exceptionnelle accordée à une dizaine de dossiers pour la production de l'oeuvre de l'ordre de 500€. Toutes les chances sont donc réunies et à voir le nombre de participants le soir du vernissage (15 000 visiteurs en moyenne sur 15 jours) on se dit que les accroches avec les galeries ou collectionneurs ne manquent pas comme c'est le cas pour 78% des artistes exposés.
Ne manquez pas dans votre ascension, l'exceptionnelle collection de fausses pierres de Théo Mercier, dans les escaliers du Beffroi qui agissent sur nos consciences saturées d'artefacts et rempliront bientôt les cimaises du centre Pompidou.


Au programme :

Visites-découvertes tout public
Les dimanches 19 mai, 26 mai, 2 juin et 9 juin 2013 à 15h et 16h
Conférence « Connaissance de l’Art » : mardi 28 mai 2013 à 19h
Plein tarif : 8 € - Tarif réduit : 6 € - Tarif Jeune : 5 €
Billetterie: 01 46 12 74 59
Journée Interdite aux Parents : Mercredi 5 juin 2013 de 10h à 18h
Remise du Prix Kristal : Mercredi 12 juin 2013 à 15h
Nocturne : Mercredi 12 juin 2013 de 19h à 23h

Egalement programmation multiformat par l'ANDEA, association nationale des écoles supérieures d'art, structure associée cette année.

Infos pratiques :

58è Salon de Montrouge
du 15 mai au 12 juin 2013
Ouvert tous les jours de 12h à 19h, y compris les dimanches et jours fériés.

le Beffroi
43 Avenue de la République, Montrouge
(accès Métro ligne 4, Mairie de Montrouge)


vendredi 10 mai 2013

Ron Mueck, gargantuesque...










Couple Under An Umbrella, Ron Mueck, 2013. © Thomas Salva/Lumento for la Fondation Cartier pour l'art contemporain

Ron Mueck, Vue d’atelier © Ron Mueck 

Woman with Sticks, Ron Mueck, 2009 © Houser & Wirth, Londres

Mask II, Ron Mueck, 2002 ©Anthony d'Offay, Londres

C'est un ogre et il dévore ses enfants : le temps ! Ron Mueck en fait l'un de ses ingrédients principaux lui qui sculpte avec une précision d'orfèvre dans son atelier londonien ses figures imposantes et saisissantes de réalisme. Marquant son grand retour en Europe avec cette nouvelle exposition exceptionnelle à la fondation Cartier il nous livre sa production la plus actuelle accompagnée d'un film inédit "Still Life: Ron Mueck at work", réalisé par Gautier Deblonde. On se souvient de son succès en 2005 dans la même institution il renouvelle son obsession du vrai et son bouleversement des codes autour de trois nouvelles sculptures, un couple sur plage (visible dès l'extérieur du bâtiment), une mère avec son bébé et deux adolescents dans la rue. Toujours les mêmes leitmotifs lassitude, incommunicabilité, secret, angoisse et un art de jouer avec les échelles que l'on soit dans l'infiniment grand ou petit. Ces êtres saisis dans la platitude de leur quotidien nous renvoient à notre rapport troublant au corps, de même pour cette nature morte dans la plus pure tradition flamande désarmante de véracité a ceci d'universel dans cette position étrange suspendue à un crochet. Métaphore en sourdine ou simple avertissement à ne pas rester crédules...Le film projeté au sous sol nous dévoile les nouvelles avancées techniques de l'artiste pour aller toujours plus loin dans le rendu des textures. Cauchemardesque ? pas tant que ça tant les scènes familières en deviennent émouvantes. Une chose est sûre : vous ne serez plus les mêmes en sortant !



Infos pratiques :

Ron Mueck
Fondation Cartier pour l'art contemporain 
du 16 avril au 29 septembre 2013
Ts les jours sauf le lundi de 11 à 20h (nocturne le mardi jusqu'à 22h)

Soirées nomades : programmation


 http://fondation.cartier.com

 
 

vendredi 26 avril 2013

Brasilia, Oscar Niemeyer et la France










Oscar Niemeyer, Siège du Patri Communiste Français, Paris

Fabio Colombini Mémorial Juscelino Kubitschek, 2010 © Fabio Colombini

Fabio Colombini, Cathédrale Métropolitaine Nossa Senhora Aparecida, 2010 © Fabio Colombini

Marcel Gautherot, Palais du Congrès national, 1958 (©Collection de l’Institut Moreira Salles, Brésil).
 
Fabio Colombini, Congrès national 2010 © Fabio Colombini
 
Oscar Niemeyer dans le bureau de la Novacap (©Collection des Archives Publiques du District Fédéral).
 

L'architecte né Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares à Rio de Janeiro, dit Niemeyer n'a jamais oublié l'accueil réservé par la France quand il a fui le Brésil et la dictature militaire en 1964 et rencontre Malraux alors Ministre des Affaires Culturelles qui lui confiera la Maison de la culture du Havre et la Bourse du travail à Bobigny. Mais surtout ce sont le siège de l'Humanité à St Denis et celui du Parti Communiste Français place du Colonel Fabien dans le XIXè conçu gracieusement, qui marqueront son engagement politique. Classé monument historique il se visite à présent que la lutte commune a fait place aux défilés de mode, tournages de films et autres recettes évènementielles car le bâtiment coûte cher à l'entretien ! Je le visite à l'occasion de l'exposition itinérante Brasilia (produite par la structure brésilienne Artetude Cultural), son oeuvre maîtresse pour laquelle il reçu le prix Pritzker, le Nobel de l'architecture, couronnant ce rêve moderniste visionnaire voulu par le président Juscelino Kubitschek et imaginé à 36 ans avec l'urbaniste en chef Lucio Costa, inspiré des théories du Bauhaus et de Le Corbusier. L'exposition fait revivre les grandes heures de cette aventure sans précédent des premières missions exploratoires de Cruls jusqu'à son inauguration le 21 avril 1960. Des photographes brésiliens (Mario Fontenelle, ami personnel du président Kubitschek) et français (Marcel Gautherot et Jean Manzon) suivent cette construction en 1000 jours par des milliers d'ouvriers travaillant nuit et jour, auxquels ils rendent hommage ; ces fameux "candangos" venant des quatre coins du pays. Au béton armé sa matière de prédilection, Niemeyer imprime des courbes féminines comme en témoignent les monuments historiques phares de Brasilia : la cathédrale et ses bras tendus vers le ciel, le Congrès national, le Palais de l'Itamaraty (Ministère des Affaires étrangères), le Tribunal suprême et le Palais de la présidence, encadrant la Place des Trois Pouvoirs, tous  magistralement photographiés par Fabio Colombini. Une maquette de la ville spécialement conçue pour l'exposition et réalisée par Antonio José Pereira de Oliveira complète la présentation de la ville actuelle. Mais ce qui est surtout fascinant dans ce projet c'est de pouvoir en permanence vivre les concepts de ce génie, véritable dieu vivant dans son pays car la visite du bâtiment du PCF dépasse de loin mes espérances. Six étages dessinés comme un drapeau qui flotte au vent et cette soucoupe volante prête à s'envoler du sol. Calme et luxe des grands volumes, façade imaginée par Jean Prouvé, verre, acier et béton. Des cloisons en forme de courbe, un sol jamais droit et un toit terrasse où la ville de Paris s'inscrit à 360° comme dans un rêve ! Enfin vision à la Stanley Kubrick à l'intérieur du "ventre de la fécondité" où l'acoustique est excellente et la lumière apaisante. Provenant de cette voute de lamelles métalliques l'atmosphère est propice au recueillement, on pourrait se croire dans une cathédrale plus que dans une salle des Congrès du parti ! Bref, autant de raisons pour ne manquer sous aucun prétexte cette invitation généreuse auprès d'un grand maître de notre temps, dont le pays fascine toujours et encore.


Infos pratiques :


Brasilia
un demi-siècle de la capitale du Brésil
du 26 avril au 15 juin 2013
Siège du Parti Communiste Français
Espace Oscar Niemeyer
2 place du Colonel Fabien 75019 Paris

www.brasilia50.info




jeudi 25 avril 2013

Florian Fouché, prix Sciences Po et inauguration Palais des Beaux Arts










Florian Fouché, Le Musée Antidote, Salle «L'école du village», bois, peinture, plaques de verre, tirages photographiques, 103 x 34 x 65 cm. Production Ateliers de Rennes. Vue de l''exposition Les Prairies au Newway Mabilais et le Belvédère, Palais des Beaux Arts

Florian Fouché, Couple (famille Guston) prix Sciences Po pour l'art contemporain

Jules de Balincourt, Palais des Beaux Arts, L’Exposition collective d’art contemporain

Cour du Palais des études de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris © DR.

Hubert Robert, Le Port de Ripetta ©La Collection des Beaux-arts


L'Ecole nationale supérieure des Beaux Arts (ENSBA pour les initiés) reprend son nom d'origine de Palais des Beaux Arts signe de la volonté de Nicolas Bourriaud son directeur de lancer une nouvelle programmation qui reflète l'identité même de l'Ecole. Concilier ainsi le lieu d'exposition (collection prestigieuse), centre d'art contemporain et école, une gageure qu'il place sous "l'ange de l'histoire" de Walter Benjamin ouvrant le champ du présent aux ruines et décombres du passé. Aujourd'hui avec internet et ses fragments on est dans une perpétuelle co-présence comme il l'explique ; une accumulation de différents temps et c'est à l'Ecole avec son large spectre historique allant du plus ancien au plus contemporain d'agir comme un "moteur de recherche"un nouveau modèle. On retrouve la marque du théoricien de l'art (Nicolas Bourriaud est l'auteur de l'Esthétique Relationnelle), Conservateur à la Tate Britain et ex-directeur du Palais de Tokyo son vrai nom qu'il lui avait rendu avec  Jérôme Sans. Premier volet donc de cette ambitieuse formule d'exposition dans des espaces entièrement réaménagés par l'agence Neufville-Gayet Architectes avec quatre pistes parallèles pour interroger l'usage du passé par les artistes. Je dois dire que je suis sensible à cette rhétorique de la ruine née dès le XVIè siècle et reprise notamment par Hubert Robert (très beau Port de Ripetta, 1766). Ruines d'un cabinet d'amateurs (estampes de Dürer dans la collection Gatteaux) et désastres de la guerre par Jules Andrieu (1870) et le service photographique de l'armée en 1915. Les compositions éclatées de l'artiste brésilien Glauco Rodrigues à la fin des années 60 faisant office de transition, nous passons à la nouvelle génération avec une exposition collective et le Belvédère, nouvel espace dédié aux étudiants ou artistes issus des Beaux Arts. Les artistes des années 2000 pour la plupart choisis pour leur usage du rebut culturel qui arpentent les archives du web et décombres de l'histoire apparaissent tels des "primitifs de l'ère numérique" avec tous types de mediums. Propositions très abouties d'Isabelle Cornaro, Slavs and Tatars, Meredyth Sparks, Rebecca H. Quaytman, Rashid Johnson, David Noonan...
Au Belvédère Kathy Alliou la Commissaire a invité Florian Fouché pour cette première avec son Musée Antidote en perpétuelle évolution, que j'avais découvert à Rennes à l'occasion de la dernière Biennale. Parti étudier le monument aux morts de Brancusi à Târgu Jiu en Roumanie, Florian y retrouve le même vocabulaire formel qu'au Musée du  Paysan Roumain de Bucarest, habité par une "poétique de la muséographie" qu'il recréé à chaque activation. Poursuivant ses recherches avec l'équipe du musée il nous livre sa nouvelle version sur les deux étages du Belvédère jouant de l'assemblage équilibriste entre sculptures et photographies et tirant partie de ce point de vue inédit. 
Extraits du :

« Le Musée Antidote (M.A.) : Mode d’emploi »

par Irina Nicolau, 1996
1. Le M.A. est recommandé dans les convalescences culturelles, sociales et politiques (périodes de transition).
2. Le M.A. n’admet pas de recettes. Son succès est dû à sa diversité et à sa mobilité.
3. On ne va pas au M.A. comme à l’église, ni comme à l’école, au tribunal, à l’hôpital, ou au cimetière, mais comme au musée.
4. Le M.A. est le musée du « voilà ». Ses prétentions elliptiques libèrent l’objet des poncifs, de toute connexion stéréotypée.
5. Au M.A. on vient voir des objets. Les revoir ou les découvrir.
6. Dans le M.A. le visiteur a un seul droit, celui de regarder.
7. L’objet présenté par le M.A. est un objet (pas un témoin, pas une marchandise etc.).
8. Le M.A. ne veut pas séduire. Il ne vend pas de souvenirs, il ne nourrit pas. Il ne dorlote pas les enfants. Il fatigue.
9. Le M.A. montre et cache aussi. Il s’adresse aux personnes disposées à y investir (du temps, de l’imagination).
10. La cure du M.A. peut durer de un à trois ans.
11. Après la rémission de la maladie, le M.A. doit être repris de temps en temps, pour prévenir le syndrome M.B. (Musée Blasé). Je recommande de laisser ce médicament à la portée des enfants.


Propulser les étudiants sur la scène artistique et il y a du travail quand on voit comment se positionnent les artistes français sur l'échiquier de l'art, cela passe aussi par une exposition des diplômés et félicités qui sera désormais organisée au CentQuatre incarnant aussi cette logique "centrifuge" chère à Nicolas Bourriaud. 
Cela passe aussi par la reconnaissance quasi instantanée le soir même à Sciences Po, à quelques pas de là où Florian Fouché se voit remettre le Prix du Jury à l'issue du vote et du soutien d'un comité de sélection, éclectique et prestigieux. Cette manifestation récompense chaque année un jeune artiste travaillant en France. Né en 2010 sous l'impulsion de deux étudiantes passionnées d'art le prix avait précédemment récompensé Anthony Duchêne, Simon Nicaise et Guillaume Bresson.
Soutenu par la direction de Sciences Po et par le ministère de la Culture et de la Communication,le Prix a pour ambition double de : promouvoir la jeune création et sensibiliser à l’art contemporain les membres de la communauté de Sciences Po mais également et plus largement au-delà.
Morgane Denzler s'est vue également remettre le prix du Public à l'issue d'un vote organisé au sein de l'établissement depuis le début de l'exposition. 
A voir les partenaires et la programmation de la soirée de cérémonie du remise du prix largement suivie, on se dit que cela marche !


Infos pratiques :
L'ange de l'histoire
du 25 avril au 7 juillet 2013
Palais des Beaux Arts  
13 quai Malaquais 75006 Paris

palaisdesbeauxarts.tumblr.com
Conférences et évènements autour de l'expo.
 
Prix Sciences Po pour l'art contemporain 

Exposition des oeuvres 
du 15 au 26 avril 2013

à Sciences Po

28, rue des Saints-Pères, 75007 Paris.





mercredi 24 avril 2013

Et pendant ce temps au BAL on joue au Turf !










© Malik Nejmi / Agence VU

© Malik Nejmi, Turfism, 2010 Lauréat de la Carte Blanche 2010

© Olivier Cablat, Extrait de la série Études de caractère, Hippodrome de Vincennes, 2012

© Olivier Cablat, Campagne de fouille, Étude du mouvement du cheval, 2012

© Mohamed Bourouissa, RIP 2011


Heureusement qu'il y a des lieux comme ça à Paris quand on rentre de Bruxelles l'esprit un peu dépité, de ces atmosphères gouailles et sophistiquées à la fois, du côté de la Place Clichy en voie de boboïsation aigüe où les news french hipsters arrivent avec leur progéniture en goguette pour célébrer le printemps. Je veux parler du BAL le nouveau concept de l'équipe Magnum et son café aux accents british déjà très couru. On y célèbre ce soir le PMU, la version Pop-ulaire des courses hippiques et son nouveau président fan d'art contemporain. Dans ma famille on n'a pas attendu Japeloup pour aimer et fréquenter les champs de course, l'un de mes oncles a fondé le Jockey Club, cercle ô combien fermé de la capitale mais quand on vient de la province on a forcément vécu l'effet PMU. Les parieurs nombreux sur le pas de la porte, les halos de fumée de cigarette (Gauloises de préférence) et la nécessaire appréhension quand il fallait jeune et jolie aller y acheter ses premières clopes ou carnets de timbres pour les plus raisonnables. Bref, tout un patrimoine vernaculaire qui ne s'invente pas ! Chaque petit village en France a son rendez-vous des turfistes (pas moins de 11 778 bars PMU sur notre territoire) et Raymond Depardon aurait pu se pencher sur le phénomène.
Philippe Germond, le nouveau président donc veut « créer la surprise, renouveler l'image de la marque  ». Opération réussie en donnant carte blanche à des photographes sur l'univers du PMU ; après Malik Nejmi et Mohamed Bourouissa, c'est le tour cette année d'Olivier Cablat qui bénéficie pour la première fois d'une exposition au BAL pendant trois semaines. Ce qui a visiblement séduit un jury prestigieux composé entre autres personnalités de Jean de Loisy, Quentin Bajac, Stéphane Couturier et Jacqueline d'Amécourt, c'est la posture d'archéologue empruntée par Olivier Cablat qui à l'aide d'un processus de détourage isole ses figures et s'affranchit de l'environnement. Il force notre regard sur les mécanismes de fabrication d'une belle image dans une banalité qu'il s'impose à chacun de ses projets. Quand il recense quelques 40 000 noms de chevaux méticuleusement collectés on se croirait dans une série B. Vertigineux et drôle ! Chez Malik Nejmi (superbe catalogue aux éditions Filigranes) on pénètre plutôt chez les heureux du monde comme pourrait le faire Martin Parr car comme il le déclare lui-même "le turfisme rime avec toutes les religions". Une nostalgie Belle Epoque saisie à Chantilly qui côtoie le fric le plus trivial de "nous les pas riches". A l'heure où chacun peut désormais parier de chez lui derrière un écran digital et froid, pointe le regret de ce "patchwork social" en voie de disparition. Une parenthèse et un espace temps où toutes les frontières sont abolies. Belle initiative à déguster sans modération accompagnée d'un bon verre de Tourraine (Ah douce France !) avec un peu de Cheddar en prime pour nous rappeler que nos voisins Outre manche manient aussi le turfisme avec art !


Infos pratiques :

Fouilles. Olivier Cablat
Carte Blanche PMU 2012
du 24 avril au 12 mai 2013

BAL
6 impasse de la Défense 75018 Paris

www.le-bal.fr/fr